Daniel Solarz a foi en l’Église polonaise

Dans un pays à forte majorité catholique, la formation des futurs prêtres s’avère cruciale. Avec 75 séminaristes à Wroclaw, la relève de l’Église semble assurée. Rencontre avec l’un d’entre eux, qui a accepté de nous décrire son quotidien de prières et son opinion sur le catholicisme en Pologne.

Seul le tic-tac de l’horloge perturbe ses confessions. Devant une table recouverte de dentelle comme on en trouve chez nos grand-mères, Daniel Solarz, séminariste, a pris place, son ordinateur en face de lui pour lui servir de traducteur. Une grande croix et un portrait du pape François accrochés au mur surplombent le jeune homme de 22 ans.

La petite pièce ne sert qu’à recevoir des visiteurs. Impossible pour une fille de visiter les moindres recoins du séminaire, vieux de 450 ans. « Mes frères séminaristes seraient choqués de voir une jeune femme dans les couloirs », sourit Daniel Solarz, tout de noir vêtu.

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Le séminaire de Wroclaw. Photo : Laura Martin

Depuis le 8 décembre, il peut porter fièrement la soutane. Par tradition, elle est remise aux élèves pour leur troisième année. « Auparavant, je portais des vêtements de marque, avec des couleurs, et maintenant, je ne m’habille que de noir. » Cette vie d’avant ne fait pourtant pas regretter à Daniel son entrée au séminaire où il dit avoir trouvé sa place.

La révélation à Czestochowa

Tout a commencé avec un pèlerinage à Czestochowa. Huit jours de marche depuis Wroclaw pour rejoindre la « Lourdes de Pologne ».

Des millions de catholiques viennent tous les ans y prier la Vierge noire. « J’y suis allée à 17 ans avec mon ex-copine. Là-bas, j’ai rencontré un jeune prêtre qui m’a parlé de Jésus et m’a dit « Ne t’inquiète pas pour ton futur ». C’était une révélation pour moi, jeune lycéen qui ne savait pas ce que mon avenir me réservait. »

Désormais, Daniel se trouve à la moitié de son parcours de prêtre. Le séminaire polonais dure six ans, comme en France. S’il avoue parfois avoir des doutes sur son choix de vie, il les oublie rapidement. « Parfois je me réveille dans ma petite chambre et je me demande: « Dieu, qu’est-ce que je fais là? Est-ce que c’était une bonne idée? » Mais, ce n’est finalement qu’une passade », s’empresse-t-il d’ajouter.

Depuis qu’il a quitté le lycée et le domicile familial, les prières rythment ses journées. Il y a celle du matin à 6h30, une autre à 13h, une lecture de la Bible à 18h et une pour le soir à 20h30. Les cours de théologie durent cinq heures, sans compter les options comme l’hébreu, le latin, le français, le grec. « Les prêtres doivent avoir un grand intellect », pointe-t-il. Le midi, sa seule période de temps libre, il se rend parfois au centre commercial, au parc… En soutane.

« L’Église catholique est encore très forte »

« Je pensais au départ qu’en me promenant avec ma soutane, les gens allaient me regarder bizarrement, me faire des réflexions, avoue Daniel. Mais finalement, on vient me parler de l’Église, on me pose des questions sur Jésus, etc. » A Wroclaw, il n’est pas rare de croiser dans les rues des séminaristes, surtout dans le quartier de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, surnommé « le petit Vatican ». La crise des vocations n’a pas encore eu lieu puisque deux séminaires se sont créés il y a à peine vingt ans dans deux villes alentour, Legnica et Swidnica. Dans celui du centre où étudie Daniel, on dénombre soixante-quinze jeunes hommes.

À l’encontre des clichés sur les séminaristes, Daniel ne vient pas de la campagne, mais du cœur de Wroclaw. Sa famille ne comptait aucun prêtre avant lui. Ses parents, économistes, ont d’abord été un peu surpris de sa vocation. « Quand j’ai annoncé la dernière année de mon lycée que je voulais être prêtre, ils étaient un peu tristes au début parce qu’ils ont toujours pensé que je deviendrai architecte. Mais ils ont fini par accepter ». Il faut dire que ses parents l’emmenaient déjà à la messe tous les dimanches depuis tout petit.

Ses amis viennent aussi de familles catholiques pratiquantes. Mais eux ont tous continué les études à l’université après le lycée. Lorsqu’il leur a révélé sa volonté d’entrer au séminaire, ils se sont montrés plus curieux qu’étonnés. Il garde toujours contact avec eux : « J’essaie de les voir régulièrement, je les appelle, leur écris sur Facebook. »

Les familles très croyantes, comme celles de Daniel et de ses amis, deviennent peu à peu une exception en Pologne. De récents sondages montrent que la pratique religieuse tend à baisser. D’après une enquête de l’institut polonais CBOS, en 2013, seul un tiers des habitants de Wroclaw allaient à la messe le dimanche. Dans toute la Pologne, le pourcentage de non-croyants a doublé entre 2012 et 2015, passant de 6 à 12%.

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Daniel Solarz, un séminariste 2.0. Photo : ©ESJ-Laura Martin

La foi de ses amis et de sa famille amène pourtant Daniel à penser que la religion catholique en Pologne ne connaît pas encore de déclin. « L’Église est encore très présente et très forte dans mon pays. Et je pense que, dans dix ou quinze ans, cette situation n’aura pas changé. Tant qu’il y aura toujours des prêtres à former. »

Couverture : ©ESJ-Laura Martin

Laura MARTIN

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