Des Roms à ranger ?

Conduire les enfants roms sur les bancs de l’école, voilà la mission que s’est donnée le gouvernement polonais. Les écoles primaires de Wroclaw sont les témoins de la difficile intégration de cette communauté, freinée par la persistance des barrières culturelles qui sépare Roms et Gadjos.

« Je ne veux pas te prêter mon crayon, vous les Roms, vous êtes des voleurs ! »

Le jeune Viktor* est au fond de la classe, le regard fuyant vers la fenêtre. En tout, ils sont treize enfants roms scolarisés à l’école primaire n°108 du quartier de Nadodrze. Viktor vient d’une famille rom de la communauté des Bergitka (roms des Carpates), très présente dans cette partie de la ville.

Dans les rues, derrière les étals des commerces, la communauté rom est nombreuse à Nadodrze. Un ghetto rom, « fruit de la politique communiste menée dans les années 1960 par le gouvernement qui a mis en place un plan national de civilisation forcée », raconte Adam Bartosz , historien et directeur du musée Rom de Tarnow. Une sédentarisation de la communauté dans les quartiers délabrés de Wroclaw s’est accompagnée d’un programme d’éducation à grande échelle.

Après la chute du Mur en 1990, le nombre d’enfants roms scolarisés chute drastiquement. Il faut attendre 2004 et la mise en place du « Programme pour la communauté Rom de Pologne » pour les voir revenir sur les bancs de l’école. Symbole de cette réorientation, le ministère de l’Éducation nationale a versé 28,7 millions d’euros entre 2005 et 2013 pour combattre l’analphabétisme et favoriser l’intégration de la minorité.

Aujourd’hui à Wroclaw, plus de 160 enfants roms sont scolarisés. Mais les tensions persistent parfois au sein des établissements. À l’école primaire n°108, Katarzyna Nowicka, psychologue et médiatrice, raconte : « Certains élèves ne font pas confiance aux enfants roms, mais ils ne font que refléter l’opinion de leurs parents. »

Un sondage effectué auprès des élèves des écoles primaires de Wroclaw révèle qu’un tiers des écoliers refusent de s’asseoir à côté d’un enfant d’origine rom en classe.

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La cohabitation entre enfants roms et gadjos est un enjeu quotidien pour les professeurs  / Photo © Katarzyna Nowicka

Guide pour les professeurs

Le manque de connaissance des professeurs envers la culture rom rend la communication difficile avec les enfants. Pour y pallier, le gouvernement a initié la rédaction d’un ouvrage intitulé Enfants roms : guide pour les professeurs. Il y est écrit par exemple que « la subordination des enfants roms à leur famille suppose pour les professeurs d’entretenir de bonnes relations avec les parents. »

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Cours d’informatique à l’école primaire n°108 de Nadodrze / Photo © ESJ-Hélène Masquelier

Les Roms suivent un code de conduite traditionnel appelé Romanipen. Chaque rom se doit de suivre ces règles de vie sous peine d’être considéré « impur » et d’être exclu de la communauté. « Cette notion de pur ou d’impur régit l’ensemble des comportements des familles roms et doit être prise en compte par les enseignants, notamment en ce qui concerne l’orientation scolaire des enfants », affirme Maciek Mandelt de l’association Nomada. De nombreux métiers sont considérés impurs par les Roms tels que les travaux de champs, le nettoyage des rues, et « tous les métiers en lien avec l’intérieur du corps humain ou le sang ». Mécanicien pour les hommes et esthéticienne pour les femmes restent les métiers les plus prisés par les enfants roms de Wroclaw.

Roms contre Gadjos

Reste que les barrières culturelles constituent l’un des principaux freins à l’éducation des enfants roms qui restent souvent groupés. La psychologue souligne une peur de la séparation avec la mère : « Dans la communauté rom, les enfants sont des rois, ils ne connaissent pas les devoirs et les responsabilités. » L’absentéisme est également pointé du doigt par les enseignants car, même sédentarisées, les familles effectuent souvent de longs voyages pour rendre visite à des parents éloignés. Dans certains cas,  ils sèchent les cours pendant plusieurs mois.

Le système scolaire polonais est jugé insatisfaisant par les roms, qui fondent leur identité sur le rejet de l’influence culturelle des Gadjo (non-Roms) et « certains parents voient dans cette scolarisation à la polonaise un procédé moderne d’acculturation », explique Maciek. La méfiance des roms à l’égard des institutions reste forte. « Les parents sont analphabètes et ne comprennent souvent pas le rôle de l’école, hormis pour apprendre à lire et à écrire » ajoute le militant.

Si les enfants roms apprennent le polonais à l’école, beaucoup ne dépasseront pas l’école primaire. Dès l’âge de 13 ans, les jeunes roms quittent l’école pour rentrer dans la puberté où le mariage les attend. Une tradition culturelle pour les familles roms mais surtout une façon de garder les enfants à l’abri du monde des Gadjos.

*Le nom a été modifié

Couverture : ©ESJ-Hélène Masquelier

Hélène MASQUELIER

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