Hipster Act’ : les avant-barbistes

Sweeney Todd n’a qu’à bien se tenir. Alors que la majorité des échoppes ont baissé leurs rideaux, Petit Pati, coiffeur et barbier hipster de Wroclaw fait des heures supp’ pour permettre à ses clients nocturnes de venir après le travail.

C’est d’abord sa vitrine old-school – à l’effigie des barbiers d’antan – qui attire l’œil des passants. Ici on taille tout, barbe comme cheveux, mais à l’ancienne. « Nous nous inspirons beaucoup des années 1940 et 1950 » explique Patryk Domszy, l’un des employés, pour notamment justifier l’usage massif de la coupe undercut : très court sur les tempes, mais banane volumineuse sur le dessus.

Au mur, des cadres se superposent. Plus c’est chargé, plus c’est branché. On y retrouve des papillons naturalisés, des dessins de squelettes stylisés et des images d’archives de barbiers. Les propriétaires ont aussi pris le temps de chiner de grands panneaux en métal indiquant « friseur » (coiffeur, en allemand) et des anciens fauteuils de cinéma en cuir vert pour faire patienter leurs clients. En plus de sa déco à base de têtes de mort, Petit Pati tient aussi à se distinguer par le look travaillé de ses coiffeurs.

© Musique « Say yes dog » – A Friend

Un look gothico-vintage pour les nouveaux poilus

Mêmes les clients soignent leur style avant de pousser la porte de la boutique. Tatouages et canotiers côtoient pantalons à bretelles, noeuds pap’ et Doc’Martins vernies. Et ça s’exhibe fièrement sur le Facebook du magasin, quelques minutes après être sorti.

Du côté des coiffeurs, c’est plutôt cheveux gominés, raie sur le côté, moustache effilée, légèrement remontée façon Dali pour Mariusz Welna, responsable de l’équipe. Pour Seweryn, aka Sev, Karczewski, c’est plutôt gilet de serveur, et coupe très courte, étonnamment sobre dans cet environnement insolite. Patryk, jeunot de la bande, se cache derrière une épaisse barbe brune et des grosses lunettes aux bords épais. L’image universelle du hipster, somme toute.

« Nos clients viennent surtout pour l’ambiance » admet d’ailleurs Patryk. « Nous avons des conversations amicales avec eux. Ils sont libres de parler de n’importe quoi, sur un plan d’égalité avec nous ». La boutique bénéficie surtout d’une communauté digitale importante. C’est ainsi que les barbiers-coiffeurs se sont tous rencontrés à l’origine : grâce aux réseaux sociaux & aux photos de coupes réalisées puis postées sur Instagram. « Il y a d’autres barbiers à Wroclaw, mais aucun n’est aussi cool que celui-ci » approuve alors un client dont la barbe s’effile progressivement.

Une niche commerciale

Maximum quatre clients à la fois, tous bichonnés pendant au moins une heure, ça remplit rapidement l’agenda de Mariusz et son équipe. « Le magasin s’en sort très bien. Notre clientèle continue de croître. En ce moment, il y a un mois et-demi d’attente pour obtenir un rendez-vous » scande Patrycja la patronne, en montrant l’agenda.

Ouvert de 12h à 20h,« l’heure de pointe c’est entre 17 et 18 heures, car beaucoup de nos clients finissent leur travail ces heures-là », souligne Patrick. « On essaie d’être le plus disponible possible pour nos clients » enchaîne Mariusz, tout en rasant de près l’un d’entre eux. Créé en septembre, le magasin est un projet récent de l’autodidacte propriétaire et unique femme de la boutique. Patrycja l’a d’ailleurs nommé à son image : Petit Pati, oui… parce que le français, ça fait chic !

« Notre clientèle est très large. Ca va des jeunes à des personnes de 60 ans. Les premiers sont branchés et les sexagénaires sont contents de retrouver quelque chose qui existait quand ils étaient jeunes » détaille Patryk. Quel que soit son âge, le hipster polonais moyen devra dépenser 30 zlotys (soit 7,5€) pour se faire tailler la barbe et 50 zlotys (soit 12,5€) pour une coupe de cheveux au poil.

Aliénor CARRIERE

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