La Fenêtre de la Vie, « une alternative à l’avortement »

Fondée en 2006 par des Sœurs à Wroclaw, la Fondation Evangelium Vitae salue la mémoire de Jean-Paul II en « mettant en pratique ses idéaux de protection de la vie humaine, depuis la naissance jusqu’à la mort ». Au cœur de son action, la protection des bébés non désirés. Mise en place en 2009, la Fenêtre de la Vie recueille les nouveaux-nés abandonnés par leur mère, qui ont refusé d’avoir recours à l’avortement.

Le téléphone retentit chaque nuit, la plupart du temps pour une fausse alerte. Mais parfois, les bouteilles de vodka déposées par les fêtards laissent place à un bébé de chair et d’os. Sœur Ewa remonte les manches de sa tunique noire et de sa main reproduit le geste d’un cœur qui bat. Chaque fois, « il y a une vraie excitation » raconte-t-elle.

window of life3

©ESJ-Pierre Lecornu

Sur les murs de brique rouge du bâtiment de la Fondation, la Fenêtre de la Vie pourrait passer inaperçue. De forme carrée, un mètre sur un mètre, elle donne sur un couffin aux couvertures pastel.

« Les gens ouvrent la fenêtre, déposent le bébé dans le couffin. Dès que la fenêtre est ouverte, le téléphone sonne, relate Sœur Ewa en brandissant un vieux téléphone portable, ensuite, ça se passe très vite. Le centre d’adoption et la police sont informés immédiatement, car nous souhaitons que le processus soit le plus légal possible. On donne de nouveaux vêtements au bébé et les urgences l’examinent. »

Les bébés sont souvent tout juste nés. Le cordon ombilical pend, tâchant de rouge les couvertures pastel. Une des Sœurs de la Fondation s’occupe de le sectionner et d’apporter les premiers soins au nouveau-né. Près du couffin, des vêtements neufs, un thermomètre, du linge propre et des tapis chauffant sont disposés pour mieux accueillir l’enfant.

Assise face à l’ordinateur, Sœur Ewa fait défiler un Powerpoint. Les couleurs du rétroprojecteur ombre par intervalle son visage creusé par l’âge La pièce est vaste, rénovée récemment. On peut presque sentir la peinture fraîche qui couvre d’un bleu pâle les murs. Près des sièges vides, quelques biscuits et un thermostat de café brûlant patientent

« Ça, c’est Mary, raconte-t-elle d’une faible voix en montrant la photo d’une petite fille aux cheveux blonds, la Fondation Evangelium Vitae l’a recueillie il y a trois ans et demi. Il faisait très froid, sa mère l’a déposée dans la Fenêtre de la Vie. Elle nous a dit qu’elle était dans une situation difficile et qu’elle avait su, pendant toute la durée de sa grossesse, qu’elle allait abandonner son enfant. »

Mary fait partie des huit bébés trouvés dans la Fenêtre de la Vie depuis 2009. Pour la Fondation Evangelium Vitae, composée de Sœurs et de fervents catholiques aidant les mères dans le besoin, l’idée était de recueillir les bébés non désirés. En Pologne, l’avortement reste mal perçu par la société et uniquement autorisé dans trois cas (viol, danger pour la vie de la mère ou de l’enfant). Dans une Pologne où le poids de la religion reste pesant, les revendications (liens) pour le droit à l’IVG sont autant de points de crispation dans le débat public. Un contexte qui incite certaines à prendre des décisions très radicales. Attachées à la morale catholique ou refusant simplement de pratiquer un IVG en dehors de la légalité, elles préfèrent renoncer à leur enfant. Pour Sœur Ewa, la Fenêtre de la vie représente alors « une alternative à l’avortement ou à l’abandon ».

« Ne pas tuer le bébé »

La Fondation Evangelium Vitae se revendique « contre toute forme d’avortement » mais reste plus modérée dans les cas de danger pour la mère ou l’enfant. Mais propose toutefois une autre solution. Si le fœtus présente de graves malformations, la Fondation préconise « l’option de l’hospice périnatal », plutôt que l’interruption de grossesse.

Dans une chambre un peu à l’écart des autres, les familles accompagnent leur bébé malade jusque dans leurs derniers instants dans l’hospice périnatal. Accompagnées d’un médecin, d’un psychologue et d’un prêtre, les mères qui choisissent de poursuivre leur grossesse jusqu’à leur terme, malgré les malformations graves de leur enfant, peuvent « prendre le temps de dire au revoir ».

En tant que catholiques, nous avons choisi l’option de ne pas tuer le bébé, assène sœur Ewa. La loi polonaise parle de trois cas où l’avortement est autorisé, comme si c’était la seule option possible. Mais il y a d’autres options. »

« Alternatives à l’avortement ou à l’abandon », l’hospice périnatal et la Fenêtre de la Vie sont avant tout destinés aux familles les plus démunies. Les bébés décédés dans l’hospice sont enterrés dans un cimetière de Wroclaw et ceux recueillis par la Fenêtre de la Vie sont mis à l’adoption. Sur son Powerpoint, Sœur Ewa s’attarde sur une photo. Une petite fille aux cheveux blonds est assise à table avec deux adultes. « Voilà Mary, maintenant, dans sa nouvelle famille. »

Couverture : ©ESJ-Perrine Ketels

Elisa GUILLAUME

Perrine KETELS

partager