Le champ des possibles

Dans le village de Kamieniec Wrocławski, à une vingtaine de kilomètres de Wrocław, Małgorzata et son mari Jan sont parmi les derniers agriculteurs. Ils ont fait le choix de l’agriculture biologique : une décision qui s’accompagne de sacrifices.

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Cheveux gris au vent et sourire mystérieux aux lèvres, Małgorzata Wójcik contemple d’un œil bienveillant son champ sans se soucier du froid qui tombe. Des rangées de choux-fleurs, sagement blottis aux pieds d’arbres fruitiers, rougeoient sous le soleil couchant.

45 ans qu’elle arpente ce lopin de terre, hérité de ses parents. Depuis son domaine, elle a impassiblement observé la chute du communisme, la libéralisation des terres d’état, et l’industrialisation de la ceinture périphérique de Wrocław. Les champs ont peu à peu disparu, ses voisins ont changé, mais Małgorzata continue à prendre soin de la terre de ses ancêtres.

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« Ce n’est pas facile d’être ici en tant qu’agriculteurs. Nous sommes la seule ferme, et nous sommes entourés par des résidences. De nouvelles maisons sont sans cesse construites » explique-t-elle. Małgorzata aurait pu, elle aussi, céder aux sirènes des investisseurs qui lui proposent régulièrement des offres de reprise pour ses 19 hectares. Une exploitation dont la taille est supérieure à la moyenne polonaise de 11 hectares. Mais avec son mari Jan, ils ont fait le choix de rester, et de se consacrer exclusivement à l’agriculture biologique, une démarche encore peu courante en Pologne.

De la production à la vente

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Małgorzata a hérité des techniques respectueuses de l’environnement de ses parents, même si sa ferme n’a reçu la certification officielle d’agriculture biologique qu’en 2004. Ses méthodes sont proches de celles de la permaculture (un mode de culture soucieux des êtres vivants et économe en énergie), bien qu’elle n’emploie jamais ce terme.

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Avec Jan, ils ont renoncé à la spécialisation dans la production d’une seule variété. Le verger et les plantations sont mélangés sur une même parcelle, afin que les uns bénéficient des qualités de répulsion des insectes des autres. Un simple mélange d’eau, d’ail et d’oignon est pulvérisé sur les plantations pour faire office de pesticide naturel. « Et les légumes, plantés aux pieds des arbres, ont suffisamment d’espace pour ne pas étouffer la terre » souligne Małgorzata.

L’indépendance comme credo

De telles méthodes de production sont loin des pratiques d’agriculture intensive. Cela demande énormément de travail pour obtenir peu de quantités. Małgorzata est honnête : « Il faut savoir ce que l’on veut, j’ai fait le choix de vivre de peu mais de cultiver ma terre comme je l’entends. »

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Et son indépendance, la fermière polonaise y tient : elle s’est débarrassée des sous-traitants et contrôle toute la chaîne de production. Elle gère elle-même la fabrication de produits finis et les vend dans un petit magasin aménagé dans l’entrée de sa maison.

Dans cette salle où elle reçoit ses clients habitués, une statuette de Jean-Paul II veille sur les cageots d’oignons et de panais.

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Outre son champ, elle possède aussi quelques chèvres et des poules, ce qui lui permet de diversifier son offre lorsqu’elle se rend au marché hebdomadaire de Wrocław. « C’est la meilleure solution : nous sommes ainsi indépendants de tout agent extérieur » insiste Małgorzata.

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« Nous n’avons pas besoin d’une nouvelle voiture ou d’une nouvelle télévision. Ce que nous gagnons nous suffit pour vivre. » Et même lorsqu’il s’agit de financer sa retraite, Małgorzata reste inflexible sur ses principes : « Pourquoi économiser pour une retraite ? Je compte travailler cette terre jusqu’à la fin de ma vie ». Et confier à terme sa ferme à son fils, en études d’agronomie et prêt à se lancer sur les traces de ses parents.

Claire BARGELES

Juliette DUCLOS

Couverture © ESJ-Claire BARGELES
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One thought on “Le champ des possibles

  1. Bachelot

    Ce « trio journalistique »nous ravit par la qualité de ses écrits et de ses photos.Le côté humain profond mis en musique enchante le lecteur que je suis sans le bercer d’illusions quand je m’aperçois avec effroi l’utilisation de certaines effigies religieuses gardiennes des récoltes ….il est vrai que le conservatisme en guise de conservateur, on fait difficilement plus
    efficace.
    Un article qui élargi les horizons de vie,un chant des possibles dans le concert de nos vies, voilà un champ,des possibles qui offre de nouvelles voies à chacun avec en corollaire le bonheur de tous …….

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