L’éthique dans une école polonaise

Salle de classe

La laïcité tient-elle à une heure de cours ? Alors que dans les écoles publiques polonaise, le cours de religion est une matière à part entière, les anticléricaux veulent lui faire concurrence en promouvant l’éthique. Non sans résistance.

Des rires dans les couloirs, des enfants qui jouent au ballon dans la cour. Des dessins sur les murs représentent les cinq classes d’aliments, d’autres les interdits du Carême : ne pas manger de viande, ne pas regarder la télévision.

En cours de religion, sermons pro-life et Matrix

 

Car depuis 1989, la religion est une matière comme les autres en Pologne, avec des devoirs et des notes. Sauf que le cours commence par une prière, et que les professeurs, prêtres ou théologiens, sont nommés par l’Eglise, tout comme leurs inspecteurs.

Des manifestations religieuses peuvent être organisées sur le campus et les prières du matin sont laissées « à la délicatesse et au tact » du personnel enseignant et encadrant, d’après la loi sur l’école de 1992. Un droit de cité de l’Eglise, de la maternelle au lycée, et critiqué par les anticléricaux.

Pour Jan Hartman, figure de l’anticléricalisme polonais, c’est une manière de « faire de la propagande catholique depuis le jardin d’enfants ». « Dans une classe, l’ancien prêtre avait parlé de l’avortement de façon très violente. Les parents s’étaient plaints » raconte ainsi Karol. Beaucoup d’étudiants témoignent de telles expériences, surtout à partir du collège.

Selon Daria, croyante et pratiquante non régulière, étudiante en langue, «la religion est surtout un moyen d’avoir une bonne note!». La note de religion est en effet un « bonus » et une mauvaise note n’a pas d’incidence sur le passage en classe supérieure. Les témoignages sur l’intérêt de ces cours et leur ouverture d’esprit sont contrastés.

Une goutte athée dans un océan de café ?

La religion à l’école est le reflet de la société polonaise. 80% des Polonais y sont favorables. d’après une enquête de l’institut de sondage CBOS. Beaucoup inscrivent leurs enfants au cours de catéchisme à l’école primaire pour leur donner les bases d’une culture religieuse, vue comme un ingrédient essentiel de l’identité polonaise . Mais une fois au collège,  à l’âge où les enfants peuvent choisir, les classes sont de plus en plus clairsemées.  Tosia, rousse aux nombreux piercings témoigne : “Dans ma classe au lycée, il n’y avait que 5 ou 6 personnes qui suivaient les cours de catéchisme sur une classe de 30 élèves. J’ai beau venir d’une famille catholique, j’assistais au cours d’éthique.

Mais le nombre d’écoles qui proposent des cours d’éthique, s’il est encore faible, a doublé en un an. La raison? le gouvernement de centre-droit s’en est mêlé. La ministre de l’Education, pourtant ancienne professeur de catéchisme,  a modifié la loi dans un sens plus libéral, en suivant un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme datant de 2010.

Auparavant, il fallait au moins sept élèves intéressés pour organiser un cours d’éthique. Les cas de désinformation de la part des directeurs des écoles, par manque de volonté ou par conviction religieuse, étaient régulièrement dénoncés par les associations sécularistes. Aujourd’hui, pour l’éthique comme pour la religion, une seule demande de parent ou d’étudiant, obligatoirement transmise à l’Académie, nécessite qu’un cours inter-écoles soit organisé.