Sur les pavés, l’extrême droite

Le coup d’envoi est donné pour la campagne présidentielle de mai. Nowa Prawyca et KORWIN, les deux partis de la droite radicale battent les pavés de la grande place de Wroclaw. Dans la course aux soutiens citoyens, le dernier compte sur la personnalité atypique de son leader.

Les uns arpentent le coin de la place Rynek armés d’un stylo et d’une feuille, les autres s’efforcent quelques pas derrière de redresser un chevalet malmené par le vent. Les deux partis d’extrême-droite récoltent des signatures pour permettre à leur candidat de se présenter à la présidentielle du 10 mai. Ceux qui sont assis au stand représentent Grzegorz Braun ; ceux qui sont debout arborent un badge au nom de Korwin, la figure de la droite radicale polonaise. Tous deux appartenaient au parti « Nouvelle Droite » jusqu’à sa scission en janvier dernier. Fragilisé par la découverte de deux enfants illégitimes, Janusz Korwin-Mikke en a été exclu avant de fonder son parti éponyme. Du sur-mesure pour cette figure de l’extrême droite polonaise.

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Janusz Korwin-Mikke lors d’un meeting le 10 juin 2010 à Varsovie / Photo © Piotr Rybałtowski

Pour se présenter à l’élection présidentielle, le candidat potentiel doit collecter 100 000 soutiens auprès de la population. Le 9 mars, Korwin était le premier concurrent à voir sa candidature officialisée par la commission électorale. Réussissant à réunir la totalité des parrainages 15 jours avant la date butoir du 25 mars.

Monarchiste et ultralibéral, ce Varsovien de 72 ans à la moustache grise et à l’improbable nœud papillon n’est pas avare en paradoxes. Ses élans libertaires cohabitent avec des idées conservatrices : dépénalisation de toutes les drogues avec refus catégorique de l’avortement et du mariage gay. « C’est la liberté qui prime », assurent les partisans Tomek et Piotr entre deux bourrasques. L’un a été séduit par la personnalité de Korwin, l’autre par ses idéaux de liberté.

Tous deux déplorent la mauvaise image – infondée selon eux – dont pâtit Korwin. Dans un débat télévisé datant de mai 2014, il peinait à différencier un viol d’un rapport consentant. Quelques jours plus tôt, il évoquait l’absence de preuves confirmant qu’Hitler était informé de l’Holocauste. Enfin, dans un pays uni sur la question de l’Ukraine, son féroce soutien à la politique de Vladimir Poutine passe généralement pour de l’espionnage pro-russe.

Contre une Europe marxiste

Comme d’autres partis eurosceptiques du continent, Korwin profite d’une bonne dynamique électorale : le Congrès de la nouvelle droite, son ancien parti, a cumulé 8% des voix pour quatre députés européens élus en juin 2014. Malgré la division, les partisans de Korwin se disent « très optimistes ». Sans conflit interne, le parti est plus efficace. Pour Tomek, 20 ans, militant depuis octobre, « il n’est ni influençable ni corruptible ». Piotr, 24 ans estime que Korwin « ne veut pas juste changer le système, il veut le détruire ».

Principal objectif pour Korwin et ses troupes : les élections présidentielles du 10 mai. Élu par tous les Polonais, le président de la République n’a cependant qu’un rôle symbolique. Malgré tout, ses militants rêvent d’accéder aux plus hautes sphères pour abattre l’Union européenne de l’intérieur. Un point commun avec Marine Le Pen ? Certes, mais pour la présidente du Front National, l’Europe est néolibérale tandis que Korwin la voit rouge communiste. Et de prôner la suppression de toutes les aides sociales et la réduction du rôle de l’Etat au strict minimum. Piotr est par exemple favorable à la privatisation intégrale de l’éducation ou de la santé. « Le plus important, c’est la liberté économique ».

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Avec UKIP mais sans le FN

Difficile avec de telles convictions de trouver un terrain d’entente avec le Front National. En juin dernier, Korwin était pressenti pour être l’allié de Marine Le Pen, afin de constituer un groupe au Parlement européen. Faute d’accord, Korwin s’est tourné vers le britannique Nigel Farage et le FN, lui, n’a toujours pas de groupe à Strasbourg.

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Tomek (gauche) et Piotr (droite) ont suivi Korwin à la création de son nouveau parti. Celui qu’il a quitté, Nowa Pravica (Nouvelle Droite) est devenu son rival. / ©ESJ Hortense de Montalivet

Malgré sa médiatisation, et le culte que lui vouent ses jeunes troupes, Korwin n’est crédité que de 2 à 3% des voix à la prochaine présidentielle. Soit son score de 2010. Plusieurs passants s’arrêtent, le temps d’ajouter une signature à la liste qu’on leur tend. Un peu plus loin, sous le drapeau rouge et blanc, les tréteaux s’écroulent sous une rafale de vent.

Couverture : ©ESJ-Hortense de Montalivet

Kilian BRIDOUX
Quentin VASSEUR
Avec l’aide d’Anastazja SZYMANSKA

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