Waldemar Kasta : rimes collectives

Il est l’un des rappeurs les plus respectés du pays. Considéré comme une légende du rap local, Waldemar Kasta est au rap polonais ce que le Saint-Emilion est au Bordelais : un bon classique authentique et fort en bouche. Rencontre avec un pionnier.

Entre les couteaux posés sur la table et les guitares accrochées au mur, le colosse au parlé franc décrit son studio : « Ces guitares-là sont merdiques. Un bel instrument, tu ne le sors de son étui que pour composer ».

Depuis ses débuts en 1993, l’artiste a tracé sa route. Des premières parties en France et en Allemagne, des freestyles avec des pointures du milieu, Waldemar Kasta n’a plus grand chose à prouver : en live comme en studio, il a toujours un sacré flow.

Vieille-école

p4-rappeur1
p4-rappeur2

Du haut de ses deux mètres, il nous accueille là où de grands rappeurs internationaux sont déjà passés. Parmi eux, le légendaire KRS one, acteur incontournable du rap « conscient » américain « Alors que je travaillais, quelqu’un n’arrêtait pas de taper à la porte. J’ai accouru, c’était KRS one qui passait me saluer avant son départ. J’ai laissé son tag ‘’ Ne pas déranger’’ à l’entrée en souvenir ». Nul besoin de jouer les stars. Dans son studio, des indices dispersés racontent sa célébrité.

Malgré les plus de cinq millions de vues sur Youtube pour son dernier clip, Wald’ s’est mis depuis quelque temps en retrait. Trop vieux pour les compétitions « adolescentes » du rap actuel, fatigué par le discours narcissique des rappeurs… il préfère s’éloigner du « rap game » pour garder une image respectable. Tout en ayant conscience d’avoir marqué le rap polonais : « À une époque j’étais particulièrement populaire. Ne me dis pas le contraire, si tu es ici, c’est bien parce qu’on t’a parlé de moi ».

« Les rappeurs d’aujourd’hui s’habillent mieux qu’ils ne rappent »

Nostalgique, Waldemar Kasta évoque les débuts du rap à Wroclaw : « Nous voulions développer ce que le hip hop est censé être à la base : un message universel ». Plutôt que dans leur langue maternelle, le collectif décide de rapper en anglais. Une première dans l’histoire du rap polonais. Encore aujourd’hui, ce choix perdure sous sa casquette : « La langue anglaise ou française offre plus de mélodie contrairement à la langue polonaise » nous explique-t-il.

« J’exprime beaucoup de choses dans ma musique : des moments de ma vie ou de mes amis, des observations, des sensations. Le dénominateur commun : un message vrai. Le hip hop est un message de vérité ». Comme un remake de l’éternelle guerre ‘’Old-School’’ versus ‘’New School’’, Wald’ regrette les influences des nouvelles générations : « Les rappeurs d’aujourd’hui s’habillent mieux qu’ils ne rappent ». Rester « authentique » dans ses textes, ne pas être obsédé par l’image et la réputation, voilà son crédo. « C’est pour cette sincérité que le public me respecte » souffle-t-il.

Parmi ses modèles, Waldemar Kasta cite Afrika Bambaataa, son rap politisé et son ambition émancipatrice : « Nous avons voulu créer un mouvement universel une sorte de ‘’zulu nation’’, même si nous sommes blancs », lance-t-il. Une dimension collective incontournable pour lui : « Tu ne peux pas simplement te satisfaire d’enchaîner les rimes dans ton coin ». A tel point que dans le Hip Hop, Wald préfère parler d’émulation à la place de compétition : « L’aspect compétitif est inhérent au rap. Dans notre esprit, cela nous permettait de progresser ensemble, pas de nous écraser les uns les autres. »

Face aux ‘’clash’’ entre rappeurs qui se développent sur internet, Waldemar Kasta est cinglant : « tu peux toujours crier que tu as une belle femme et de l’argent. Après 22 ans, ton rap disparaîtra alors que le mien perdure ». Aux antipodes du rap ‘’bling bling’’, il poursuit sa carrière à son rythme, tout en mettant les nouvelles générations en garde : « Ça ne suffit pas de dire que tu es le meilleur. Pour l’être, il faut que tu changes les choses par toi même. Nous, on a poussé les jeunes générations à penser autrement. Voilà ce que nous avons fait ».

Cyril CASTELLITI

partager